29.6.07

Quelques pages s'effacent

« J’aurai l’âge où Rimbaud n’a jamais pu écrire »
À mon père, Francis Lalanne

Quelques pages s’effacent, aujourd’hui, de ma vie. Elles ont la couleur des jours qui n’en finissent plus, des nuits qui m’inondent de délires organiques où mon corps et mes mots ne font plus qu’un. Je suis fatigué et las de tout ça. Tout ce qui est dans cette tête. Il y a tant à dire. Tant à vivre. Tant à aimer. Tant à faire et tant à oublier. Il ne me reste que cela, des souvenirs. Et il n’y a pas de souvenirs plus terribles que ceux qu’on n’aura jamais.

Ce sont eux qui vous torturent,
vous rentrent en dedans,
vous usent à l’os.

Vous pouvez essayer de les oublier. Vous pouvez essayer de fermer les yeux. De ne rien voir. De rien entendre. De vous sortir de vous-même, par les tripes, pour aller dehors. Mais dehors, le monde s’organise sans vous. Les jours se suivent. Les nuits se ressemblent. Alors vous n’avez que ces souvenirs pour vous galvaniser. Vous vous y accrochez. Vous tenez fort. Vous tirez.

Je tires après ça moi aussi, après cette petite vie qui ne veut plus de moi. Elle s’en va, hors de moi. Je restes tranquille. En dedans c’est bruyant. Je bouillonnes de l’intérieur et personne ne voit rien. Je dois être comme ces étoiles qui s’éteignent là haut, ils se tuent de l’intérieure.

Vous pouvez essayer de vous enfuir. Vous pouvez crier à l’aide. Vous pouvez implorer un dieu. Vous n’y arriverez pas. Un jour, c’est plus fort que vous : vous vous mettez à détruire. On appelle ça l’explosion. On implose et on explose. C’est comme ça, on n’y peut rien. C’est une loi universelle.

J’ai tout détruit maintenant. Regardez moi. Regardez vous. On est seul entre les canines de la nuit. On est seul dans la gueule brûlante du jour. On se détruit. Par l’intérieur. Pour aller à l’extérieur. On n’y peut rien. Vous y pouvez rien. C’est une loi universelle.