8.7.10

Canicule et Berlin noir


« Our hell is the good life », qu'Emily Haines susurre dans mes oreilles. Je déguste mon thé noir avec quelques biscuits. C'est que mon enfer à moi est bien réel. Il a fait environ 36° celsius depuis quelques jours. On parle de canicule. De records. Moi, j'en profite pour faire quelques brasses dans ma piscine. Pour lire. Fumer, un peu. La fin de semaine fut agréable. Il pleuvait du jazz dans nos yeux et nos oreilles. Montréal était en fête et « la populace était en liesse » (on dirait Notre-Dame de Paris). J'adore ce mot, « liesse ». C'est un mot imagé, on voit très bien les banderoles, les chants joviales, les danses nocturnes, quelques troubadours. D'ailleurs, une des scènes les plus mémorables dans le Notre-Dame d'Hugo est sans conteste la fête (la représentation d'un mystère) qui ouvre le chef d'oeuvre. Je crois que la différence qui fait le bon et le mauvais livre se trouve dans ses premières pages: on y croit ou on n'y croit pas.

N'empêche que mis à part la canicule et le Festival de Jazz, ma vie a repris là où je l'avais laissé avant New Jersey. Le travail occupe beaucoup de mon temps libre et me pourrit l'humeur, mais étant aux études, je ne peux le quitter. Entre temps, je continue de construire quelques histoires. Cela passe le temps, m'amuse, me sauve de mes pensées noires et obsédantes.

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J'aime beaucoup le personnage de Philip Kerr, son Guther. J'ai terminé L'Été de cristal, je suis au milieu de La Pâle figure. C'est Berlin, Himmler, Goering, la Kripo, l'Alexanderplatz. Je ne suis pas un grand fan des thrillers, mais j'aime beaucoup cette Trilogie. Il y a beaucoup de recherches, on le sent. Chaque place est clairement détaillé. Kerr s'amuse des grands manitous du nazisme. Cela devient presque une fiction, seulement, les Juifs qui essaient de vendre leurs joailleries, les SS, la Gestapo, tout ça, c'est des faits historiques. On se demande, alors que l'Angleterre va signer un accord avec Hitler, ce qui se passe, comment le monde a-t-il pu, pendant un instant, s'aveugler à ce point? Dernièrement, la série documentaire Amour, Haine & Propagande se penchait sur la question. On y apprend beaucoup sur le pouvoir d'une propagande réussie. D'ailleurs, c'est la conclusion de la série, nous sommes maintenant et plus qu'hier dans une ère où la propagande n'est plus une arme contre l'ennemi, mais un outil commerciale, politique à l'intérieur même du pays.

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Elle est arrivé par le métro. Avec ses cheveux à la garçonne, sa robe bleu jean, ses sandales et son sourire frais sentant l'été. J'ai pensé que nous avions encore à nous dire l'un à l'autre. Chaque fois que je la vois, je me surprend à rêvasser à ce que nos vies pourraient être. Elle m'inspire beaucoup de mots, comme « liesse ». Mon coeur était en liesse. Elle doit détenir un secret, quelque chose qui sache rendre justice à la vie et au monde, à la beauté d'un couché de soleil alors qu'on parle de canicule. Elle part en vacances. Le Maroc, puis l'Ukraine. Je ne sais pas quand on va se revoir, mais j'espère que ce sera bientôt. J'ai eu envie d'écrire quelque chose de beau sur un papier fin, puis le mettre dans une belle enveloppe rouge et poster le tout. Un mot, n'importe quoi, qui pourrait lui plaire, la faire sourire (encore une fois) avant son départ. Elle me dit: Ne sois pas triste, nous nous reverrons, promis. Je pensais: Oh, les promesses tu sais. J'en ai fait aussi. Je ne les ai jamais tenues. De toute façon, mon coeur, tu ne m'appartiendra pas et je te veux libre. Je l'ai serrée dans mes bras, une dernière fois. On entendait une clarinette, un saxophone au loin. Boris Vian, quelqu'un. Je ne sais pas. Sa peau de pêche sur ma joue. À bientôt, à bientôt, frau. J'ai vu Berlin sur ses lèvres alors qu'elle descendait les marches et disparaissait dans la foule suffocante.

(Mes premières photos sont
maintenant disponibles ici)