12.2.10

13 février


Nous avons écouté Das weisse band(Le ruban blanc) de Haneke. Un film étrange, curieux, original. Il est rare de trouver des films de ce genre ces derniers temps. Un film qui interroge, dissèque, analyse la nature humaine. Quelques scènes: la scène de la résidence en feu (en noir et blanc, cette image est tout simplement un bijou), celle de la classe avec le prêtre et sa fille (de dos), le petit garçon offrant un oiseau à son père (le prêtre), la scène des coups de fouet derrière la porte. Un élément important dans ce film sont les « portes » qui deviennent en fait des murs; obstacles qui protègent le spectateur tout en le cloîtrant dans le doute, la peur -du confinement?-, la frustration de ne pas pouvoir « voir » ce qu’il y a derrière. Autres scènes: le docteur qui congédie sa maîtresse (plus pour le côté réaliste de la chose; aujourd’hui, ça surprend, mais à l’époque, la femme, qu’était-elle au fond?), la scène de la flûte (tout se fait dans le silence, aucune parole n’est prononcée, mais on comprend tout) et aussi la scène de l’instituteur et sa fiancée sur la route (la fiancée qui a peur de « ce qui pourrait arriver », cette méfiance est présente partout, d’où vient-elle, la religion?).

J’en ressors avec des questionnements par rapport à l’écriture. Est-il possible d’utiliser des « scènes » (sans paroles) pour décrire une chose. L’exemple de la flûte, où tout se base sur le jeu des acteurs, sur le non-dit. Ou encore, celle de la porte/mur qui emprisonne les acteurs (et donc qui vole la « vue » au spectateur) - cette scène installe un climat particulier. Est-ce qu’il est possible de faire de même avec l’écriture? Il y a beaucoup de choses inutiles dans mes textes; des phrases qui pourraient être supprimées. La « conscience » (et son courant) est affaire de pensées, mais et si on s’y était mal pris depuis les deux derniers siècles, si le monologue intérieur ne disait pas tout. Et si, au contraire, il alourdissait le message.

C’est une expérience à essayer. Je sens la peur de l’échec, mais aussi l’excitation qui accompagne ce genre d’exercices. Enlever les paroles. Écrire des scènes. Des « plans » (comme ils disent au cinéma). Qu’est-ce que cela va donner?

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J’oubliais, à propos du Ruban, quel thème remarquable: l’innocence des enfants. Les grands acteurs de ce film sont les enfants (ils m'ont réellement ému!) et ce qu’ils représentent pour cette société. Heneke a su utiliser cela afin de donner la profondeur réelle du film, j’ai l’impression que le film en soi est une étude d’une société qui ne conçoit pas la méchanceté, la cruauté qu’ont parfois les enfants.

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Citation prise durant le cours d’anglais: To steal from one person is plagiasm, to steal from many is called research. - Cela s’applique aussi aux arts. Une oeuvre d’art, c’est souvent une « copie » du meilleur des oeuvres ratées. Aussi, si j’échoue, si je n’écris jamais, un autre le ferra et dira les mêmes choses, mais en mieux (si ce n’est déjà fait). Je peux dormir tranquille maintenant, me voilà à me faire de l'humour maintenant!

-Suis-je le seul à percevoir la vie avec cette intensité? Comme si elle me brûlait les yeux?