J'ai la terrible impression que les choses telles qu'elles sont -qu'elles sont « réellement »- ces choses, je ne les connais point. Je déteste ce monde cruel et absent, vieux. Il n'y a définitivement plus rien qui ne me motive, rien qui ne puisse me tenir encore sensible à ces choses qui m'émouvaient il y a à peine quelques semaines.
Je me retrouve dans cette ville étrangère, à vivre avec des étrangers, à être mon propre étranger, à être que soupirs et douleurs! Enfin, que puis-je faire si on ne m'aime pas, si celles que j'ai aimées plus que ma propre vie, celles-là même ignore la fissure qu'elle ont laissée en moi après leurs départs? Je les revois parfois quand j'ai l'esprit endoloris, je les retrouve et je vois qu'ils ont celui-ci ou l'autre là dans leur vie. Des départs, je suis habités de tous ces départs, ces absences mouillées. Mais qu'ai-je donc à offrir si ce n'est un morceau de papier, cette écriture niaise. Ma voix, mon coeur, mon âme tremble, s'affole quand j'aime, mais que signifie aimer une chimère; l'idée d'être accueilli avec nos plaies et nos douleurs?
Je ne rêve plus, je ne vois que la vie solide, dure, violente.
Quelle place puis-je avoir alors? Celle, bien sûr, de l'ombre. Quand je pense à tout ce que je peux être, je devrais être, je n'ai que la nausée: ce n'est pas moi, moi, faiblesse. Je vois tout ces gens, instruits, intelligents, ambitieux et je constate combien mes projets sont piètres, petits et sans fondements. Jamais je ne serais à la hauteur de la situation et je me surprend d'être encore ici, là -tout en ne l'étant pas vraiment. Il me faudra en finir définitivement ou choisir l'exil, la folie.
***
*
Ma vie, ma violence, c'est de trahir ma race, celles des Oiseaux de mer; c'est de brûler lentement mon âme.
Je vous déteste pour ce que vous ne serez jamais. Je vous déteste pour ce que vous me laisserez devenir. Je vous déteste parce que c'est la seule façon que j'ai de survivre contre vous, contre vos invisibles victoires.
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