La lenteur du corps alors que gémissent les eaux: c’est la vie, c’est la vie qui parle! C’est encore et toujours la vie ici! Du soleil, il n’y a que les zéniths et les nadirs, les triomphes et les défaites, et bientôt on tannera le cuir nocturne de la nuit, et on la suspendra au-dessus des hommes pour leur montrer combien cette vie est futile, combien les choses meurent et passent, et combien on oublie (« Oh, et même le soleil on finit par en oublier la couleur et l'éclat; ses bras, comme celles des astéries s'attachent aux vagues du monde, lui donnent une forme, une ombre parfois, ils étirent les heures de May. »)! Nos racines, nos nerfs dessinent à travers la vitrine opaque du crépuscule des ombres scintillantes: nous marchons le dos appuyé contre le vide, le creux, la crevasse, la nuit! Les branches suspendent l’été dans leur feuillage, continuons. Il faut trouver ce qui nous appellent autant, il faut trouver l’origine du bruit du monde, de son long murmure qui dure depuis mille ans! Dix milles ans! Que sais-je encore? Le sursaut, le sursaut dans le ciel. La foudre tache un peu le ciel, et même les étoiles perdent de leur blanche lueur, de l’assurance qu’elles ont sur le monde, la vie, tout ça...« C’est troublant, cette masse compacte qu’est la vie, qu’est le monde et les hommes, l’heure trouble de la nuit. » Trois ou quatre grincements, un éclair et tout est nouveau! Tout est sous une pluie, tout est changé!, comme si on cachait l’épaule nue avec un châle -ce paysage est comme l’épaule nue d’une femme invisible- pour diminuer la fièvre, l’appel d’un corps. Nos pieds s’enlisent dans des ruisseaux qui descendent vers les lacs, les rivières puis le fleuve!? Et la mer? Nous marchons sur une mer, ô mon âme! Le Hibou chante sa plainte nocturne, « Hou Hou! » qu’il dit, mais on n’entend:
« Il faut en ce monde craindre le tumulte et le mouvement ! Craindre le tumulte et le mouvement ! Le tumulte... et le mouvement. »
Alors nous nous installons sous la carapace grise d’un tronc, nous nous y abritons du monde, de la vie, tout ça... Puis, nous attendons la fin, la mort de l’orage.
2 discussion(s):
J'aime cette série de texte.
Je ne sais quoi dire d'autre, je ne me sens pas à l'aise de "commenter" tout ça, je trouve que ça se passe de commentaire (dans le bon sens).
C'est toujours un plaisir de te lire.
Merci de ton commentaire.
J'aime écrire ces textes, je pense continuer jusqu'à ce que le plaisir n'y soit plus.
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