28.5.09

Le bonheur

Je remarque que je parle beaucoup du bonheur dans ce cahier. Pourtant, je déteste les gens heureux, les gens qui ont l'air de tout avoir, de tout réussir, de l'avoir « facile ». En y repassant, je me demande si ce n'est pas ce que l'on appelle, avec un certain dégoût, de la jalousie. Qu'y faire? Je ne m'en cache pas, ou si peu. La vie est pleine de gens à haïr et moi, c'est ceux-là. 

Quoiqu'il en soit, je commence à tenir cela pour une certaine forme de normalité. Cela me prouve que quelque part, au fond, j'ai des « sentiments » et pas ce qu'ils nomment cliniquement un « trouble ». 

Le temps s'occupe de moi, il me vieillit, m'enlaidit, remplace mon visage par un masque en forme d'un rictus presque innocent. Certains confond cela avec mon esprit rêveur, ce côté « mystérieux », « artiste ». Foutaise! Ce que je sens au fond, c'est une tendance suicidaire, un désir profond et sincère d'une mort rapide, précoce. Je ne déteste pas pour autant la vie. Non, j'apprécie de voir les arbres qui surplombent ma tête alors que je suis couché dans un parc. J'aime beaucoup le parfum du printemps, toutes ces fleurs, ces esprits joyaux et jeunes qui m'entourent alors que je me promène sur le Plateau. Il y a aussi les sorties avec M: danser et crier à tue tête des « They're gonna hit me alive/If I tremble» ou le refrain décapant: « We're so close to something better left unknown (...)Who would you rather be/The Beatles or The Rolling Stones? /Oh seriously /You gonna make mistakes you're young »! Me défouler dans une salle de spectacle, sauter, sentir mon coeur battre comme un marteau, embrasser les joues froides de la nuit et finir au fond de mon lit, saoul. Faire comme si la jeunesse ne périssait pas. J'apprécie ces moments-là, vraiment. Mais ma vie n'est pas cela, c'est quelque chose de terriblement ennuyant la plupart du temps, de long et pénible. Alors quelle insulte que d'y voir un parcours artistique, un chemin vers quelque chose. 

C'est ainsi, je ne peux supporter les gens heureux. De toute façon, je ne peux plus le cacher derrière cette comédie grotesque où je m'efforce de leur dire que je suis sincèrement « content » pour eux. Appelez cela de la jalousie, s'il le faut. Moi, j'appelle cela ma part du bonheur. Parce qu'à force de le reconnaître chez les autres, de le mépriser ainsi, peut-être, peut-être qu'ainsi, j'apprendrai à ne plus le voir. 

Mais cela, ne veut absolument pas dire que je m'en tire mieux que les autres! 

Peinture: Pintura Habitada, H. Almeida

2 discussion(s):

Anonyme a dit…

Le bonheur, il faut parfois aller le chercher soit même en écrasant de toutes nos forces cette chose qu'est la vie pour en faire sortir ce jus, ce sublime jus.
"Il faut sucer la moelle de la vie"

à bientôt

Sandrine Boréale a dit…

Tu me fascines.