22.4.09

La vie « réelle »

« Le réel ne commence qu'au deuxième coup, qui est la vérité de la vie humaine, marqué au coin double; quant au premier coup qui ne double rien, c'est précisément un coup pour rien.» (Le réel et son double, Clément Rosset) 

Ils m’ont parlé de dépression, de suicide, de la fin et de tous ces termes froids, cliniques, plats. Il m’ont dit, vous avez écrit que vous vouliez vous enlever la vie. Ce n’est pas la vie que je ne désire plus, c’est ma vie. Alors, je sais, il ne s’agit plus de mourir, il faut savoir mourir. Cela, ma paresse et mon égoïsme m’en ont sauvé jusqu'à tout récemment. Et quel égoïste je fais!

~°~

Je sombre dans une douleur terrible. Je le sais, je le sens bien. Me voilà à nouveau au même point de départ, aux mêmes tortures de l’esprit. J’ai honte de ce que je suis devenu, de cette ombre dans ma voix, dans la sueur de mes yeux. Je n’imagine pas la vie autrement que dans cette fuite. Je regarde et je ne vois rien, je ne retrouve que cette étrangeté vis-à-vis le monde, vis-à-vis ces autres qui ignorent. (D’où me vient cette attente?) 

Ma vie ne se résumera qu’avec ma mort. 

Je ne vois pas d’autre solution que l’échec. J’aimerai trouver un lieu de repos, où je pourrai aimer quelqu’un sans devoir connaître cette souffrance, ce jugement que je lis bien dans leurs yeux. Je les vois qui fixent, qui disent et rient entre eux. Leur regard impartial me réduit à ce discours impossible sur la vie. D’ailleurs, elle n’est pas si intéressante que ça-la vie n’intéresse personne, en réalité. 

Je voudrais apprendre à dire, à me dire, mais je ne vois pas qui est prêt à endurer ces idioties. Mais, je ne dois cet état des choses qu’à moi. Je n’en veux à personne, ils ne m’y ont pas poussé. Je suis tombé seul dans cette apitoiement extraordinaire. 

~°~

Il existe un moment, une crise où l’homme ne peut affronter la réalité qu’en détournant le regard et en disant: cela est trop affreux, je ne désire plus voir. Tel Oedipe, il préfère se transpercer les yeux lui-même que de supporter la réalité aseptique. Mais Oedipe, même les yeux en sang, continuait de souffrir doublement d’une réalité toute autre. Premièrement, de ne voir, jour après jour, que cette obscurité qui l’habite-et la peur! devant le doute, l’inconfortable position de ne plus voir le soleil et la mer, de ne plus voir ce qui justement faisait sa vie. Il y avait aussi le fait que maintenant il apprendrait à ne vivre que du « réel intérieur », ne pouvant plus se fier au monde du visible pour l’orienter. 

Suis-je plus souffrant qu’Oedipe en cela? Je sais seulement que ma vie n’est pas en dehors de ce qui fait la vie. De toute façon, on ne meurt qu’une fois. Ce qu’il (me) faut, c’est réapprendre à vivre. Cela, je le sais désormais. 
Peinture: Pochette d'album


1 discussion(s):

Tristan R. Lemaure a dit…

Track: Blue
Artiste: Julie Doiron
Album: I Can Wonder What You Did With Your Day

En show samedi.