La souffrance est d'une telle profondeur, d'une telle intensité que je sais maintenant ce qui m'attend. J'ai peur, j'ai peur de ne pas pouvoir aller jusqu'au bout, moi qui ne suis jamais aller jusqu'au bout de rien. Je ne regrette pas ce qui va se passer, je ne regrette pas du tout de devoir en être rendue à ce point là. Je n'ai pas honte de mes actions, je n'ai pas honte de cet état inactif. Je suis faible, c'est une condition et non une excuse, un moyen de contourner le rôle que je tiens dans cette société. Je dois au moins tenir ceci pour seule valeur sûre, seule autorité à gérer ma vie.
Je suis mourant, à l'agonie, condamné.
C'est devant le grand vide de la vie qu'on se découvre vraiment. Qu'y-a-t-il après l'homme? Que deviens cet espace qu'on occupe?
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Retour. Suite à une note laissée par J-G. R., une question. À ma question, j'ai répondu ceci:
«(...)le livre, comme toute autre création artistique, n'est pas un « bien », un « produit » de consommation. À mon sens, un auteur n'a pas le besoin de se faire payer pour ses livres: qu'on les lise, qu'on en parle, que les idées voyagent, voilà le seul salaire valable. Bien sûr, ce sont là des convictions d'un esprit jeune et idéaliste, mais j'espère ne jamais vouloir d'argent d'une bibliothèque! C'est peut-être ce capitalisme qui érige des briques d'oeuvres fades, pauvres, sans aucune existence qui leur est propre. L'écriture doit être affaire d'idées, de mots, de langages, d'introspection, une affaire de coeur et de tripes. L'écriture n'est pas un « travail »: on ne choisit pas de devenir écrivain ou artiste comme on choisit de devenir notaire ou médecin.J'écris parce qu'il n'y a rien pour moi en dehors de la relation que j'ai avec l'écriture. C'est pour cette raison que je vous demande: quelle besoin a un auteur d'être payé pour ce qu'il n'a pas le choix de faire?!Mais un auteur doit survivre? Il doit avoir à manger et un toit sous lequel dormir? Oui, oui. Cependant, il ne doit jamais le faire au détriment du véhicule de son âme, le livre. Je crois que l'art doit être comme l'eau ou l'air, appartenir à tous et à personne en même temps.C'est ce que je pense, bien sûr. Je me trompe, c'est probable. J'apprendrai donc.»
On me répond par: « Êtes-vous un idéaliste fini ou un pur crétin ?» Cela fait mal. La réponse n'a pas d'importance pour moi. Tout est dans la question. L'un ou l'autre est confinement, une prison, celle d'un idéal ou de son contraire, l'ignorance. Quel argument offrir? Quoi dire? Que faire, j'ai le sentiment étrange que je n'arriverai jamais à me justifier, à moi-même comme aux autres. Alors, à quoi bon vouloir? Vouloir trouver appuie, vouloir trouver une voix, vouloir trouver un sens. Je désire quand même garder ma réponse sur mon cahier, qu'elle fasse preuve de mon ignorance ou encore de l'idéal auquel j'aspire.
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J'ai le sang mauvais. Dieu que ce mal est terrible, cette nature destructrice, cette haine de la vie! Je les vois tous, à rire et à me briser, à me prendre dans un sens et puis dans un autre. Je les vois honteux, confus, devant cette indifférence.
Et, je suis malade. J'ai deux trous rouges, l'un à la tête et l'autre au coeur. (L'écriture ne sauve personne, pas même les crétins ou les idéalistes! )
Et, je suis en colère. J'ai le ventre rouge, qui gueule d'exister, qui gueule d'un manque terrible, d'une faim à l'existence, d'une soif à la vie!
Et, je suis seul. J'ai la solitude à l'âme, j'ai le coeur solitaire, le coeur à l'abris de la fatigue des hommes, mais qu'est-ce être à l'abris si on ne connaît rien des hommes?