3.8.08

Métamorphoses


J’ai peur de ne plus savoir respirer.

Les années s’écoulent comme des secondes et je me rends compte à chaque instant combien je m’ignore. Quand j’ouvre les yeux, je me sais étranger. Je me regarde, vois mon corps, vois les pensées qui habitent ce corps et je me demande, d’un long soupir, « Qui est cette personne? ».

Un homme existe-t-il par ses actes ou par ses rêves, ses espoirs ou ses doutes? Je me rend compte qu’à vingt-ans, je suis toujours au même point de départ. Je suis comme un oiseau blessé. Je vois le ciel mais je ne peux que sautiller, faire de mon mieux, pour rejoindre ce trou cerclé d’or.

Mes appels sont muets. Mes blessures sont invisibles. Mes présences sont absences.

Je suis un être complexe. Des milles molécules qui me composent, je n’en comprend pas un.

Je suis un peu comme le papier sur lequel j’écris. Je laisse les autres me définir avec de gros traits durs. Je pense en papier. Je ne serais jamais l’encre de ma propre vie.

Parfois, je deviens une conscience. Je ne suis plus le corps de mes chairs mais l’esprit de mes pensées. Je vois mon visage fondre, mon nez raccourcir, mes yeux dégouliner, ma bouche disparaître sous mon menton. Je suis alors quelque chose d’autre. Ni humain. Ni moi. Je suis simplement une conscience. Une suite de mots. Un jet de rage, de tristesse, d’envie, d’amour, de haine, de destruction, de courage car oui, même si je n’ose pas affronter ma vie en face, j’affronte ma non-existence patiemment, un jour à la fois. Dans cet état, je suis et rien d’autre.