10.5.08
Mauvais sort
(Prologue) Ainsi je voudrais être l’enfant oublié, devenir l’orphelin que rien ni personne ne rattache, le voyageur invisible de l’Orient des âmes. Je voudrais partir vers l’horizon, dormir à la rencontre du trou cerclé d’or et de la mer. Mais voilà, je suis un enfant troublé, un enfant qui a grandit trop vite et qui ne sait pas ce qu’il doit faire de toute cette peau, de toute cette attente, cette haine, cette envie. Je suis l’enfant qu’on enferme, qu’on critique et qu’on rejette, je suis l’enfant d’un Sot et d’une Sorcière. (Acte I) Au levée des âmes, on me conduira vers le bûcher en m’accusant d’être le fils du Prince des mouches. Je me renierai, je m’aveuglerai les sens et je dirai n’avoir jamais été au courant. On coupera ma cervelle et ma langue, on m’attachera à un morceau de bois et on ferra feu sur ma prose enlaidie. Dans le près, mes cendres seront disposées. Au levée des âmes, je frapperai aux portes de chaque ville, hantant les esprits. (Acte II) Dans le petit bois d’à côté, on raconte qu’une âme maudite s’est éprise d’une fleur morte. Lorsque le ciel ferme les yeux, Il se lève et s’installe devant les pétales audréiques de sa fleur fanée. On raconte, c’est ce qu’on dit: qu’il pleur d’amour. Dans le noir, on l’entend qui ravale sa langue et se noie dans ses jérémiades barbares des âmes en peine. Quelques passants, s’attardent dans ces bois, et repartent après lui avoir cracher au visage, histoire de voir s’il sait fondre. Et quand le ciel se réveille dans la fureur matinale, le Singe repart dans les sous-bois, se terrer et tristement rire de ses aventures nocturnes, de son amour brisé, fané. Demain, demain. Elle (lui) reviendra. (Épilogue) -Qu’on le brûle! Qu’on le brûle! -Finissons en, bon peuple, brûlons cet enfant du démon! -Oui, oui, brûlons l’enfant! Brûlons l’enfant!
dans/in
Carnet I