
parfois j'ai l'impression que les gens sont de îles qu'il me faut toujours rejoindre à la nage. je me dis toujours, d'un air pathétique
"Comment vais-je donc y arriver? ils me sont si éloignés, si différents"
avant je me disais que j'étais quelqu'un, que j'avais un avenir et que tout le monde me respecterais pour ça, qu'on finirait par m'aimer pour ce que je représente, je fais, pour mes dons mais je me disais jamais qu'on allait m'aimer pour ce que je suis. c'était une idée absurde dans ma tête, une utopie que je devais vite oublier et j'ai donc grandis dans cette atmosphère lugubre pour l'âme, dans ce mouvement idiot de toujours faire ce qu'on attendait de moi afin qu'on puisse m'aimer
dans mes voyages insulaires j'avais en tête que je devais absolument tout faire pour garder la tête hors de l'eau, afin de toujours avoir l'esprit clair, pouvoir voir où je m'en allais.
"Je vais vous rejoindre"
que je disais toujours alors que j'aurais dû me dire
"Je vais vous laisser me rejoindre"
c'était comme si, par peur d'avoir mal, qu'on ne me saccage, je m'étais entièrement replié sur moi que j'avais quitté mon île à moi dans le but de rejoindre celui des autres. je me disais
"Il est trop petit le mien, il est pas assez beau, même pas un arbre, ni une belle fleur"
car sur mon île, il n'y avait que du sable et des roches, au centre on retrouvait un petit oasis mais je me disais que sur les autres îles combien il devait faire beau et bon alors dans mon élan je m'étais entièrement détourné de mon île, de ce que j'étais, avec la conviction de vivre un Autre
quel désastre! en nageant je me suis perdu au milieu des mers humaines et j'ai bien failli me noyer mais je gardais la tête haute et je me disais que j'arriverai bien par rejoindre une autre île, une autre personne
dans mon utopie je me suis bien rendue compte que mon île était pas si mal que ça, que ce petit cours d'eau m'offrait ce que tant d'autre manquait sur la leur d'île. j'ai bien vue des silhouettes sur ces îlots mais tous semblaient assoiffés, touché par une espèce de mal-être qui touche bien nôtre siècle numérique. tous, ils me disaient
"Pourquoi? Pourquoi avoir quitté ce paradis?"
ce que j'avais pris pour des fleurs et des arbres, des paysages de lumière étaient en fait pourritures, fleurs séchés et mortes, et les arbres offraient des fruits empoissonnés ainsi je me suis rendu compte bien vite de tout ce que j'avais eu et que maintenant je ne pouvais plus avoir
car une fois qu'on s'est quitté
on ne se retrouve plus jamais entièrement
me voilà, soufflant des bulles idiots dans cet eau noir et je vois les étoiles! les étoiles! la nuit est si belle
je me noie
je me noie
à moi!
[Photographie: Skeleton, Janvier 2007]