30.3.08

(les restants de Sisyphe)

Il y a en moi un être horrible, une bête aux ivoires retroussés, à l’haleine de souffre et aux yeux déments. Il a une bosse sur le dos et une grande langue d’où s’écoule un mélange de bave et de sang. Sur sa peau verdâtre est couverte de petits trous d'où s’échappe des bribes de phrases idiotes. Là où on devrait retrouver son abdomen, une grande queue en forme de S pend au sol et laisse dégouliner une sorte de vomis jaune. Il marche horriblement, en tentant de ramasser ce qui pend de ses tripes pour attraper son énorme sexe mais glisse et perd pied à chaque fois. Il pourrait crier à l'aide s’il le pouvait mais il ne sait pas parler. On ne le voit pas mais  il est là, dans mes gestes désespérés, dans mon rire nerveux ou ma maladresse à aimer, et à être aimer. Il tourne en rond, tourne et tourne et tourne. Toujours en baissant la tête au sol, à la recherche de ses tripes ou de son sexe qui pend au bout. Ses énormes yeux injectés de sang ne voient rien d’autre que cette terre noire et jaune. Il ne voit rien en dehors de ce vide qui l’entoure et toujours ce mal, lorsqu’il essaie de rassembler ce qu’il lui reste de lui même. Toujours, cette Chute. Parfois, il émet un cris que l’on confond souvent avec ce silence qui le fait et nous perturbe. Il crie alors que personne ne le voit et ne l’entend, sauf moi, son Gardien. Je voudrais parfois le laisser aller ou l’aider à trouver ce qu’il cherche si maladroitement entre ses tripes. Mais quoique je fasse, cette porte derrière laquelle il se cache demeure toujours close. Toujours. Quand il se détourne de sa course, essoufflé, et qu’il me voit, il hausse les épaules et repart. Il y a toujours cette idée qui s’installe devant moi, qui dit qu’il est le seul à pouvoir ouvrir cette porte mais que jamais il ne le ferra. Toujours cette idée que je suis le Gardien de ma propre Chute. Toujours cette idée que c’est peut-être moi le Prisonnier et lui mon Gardien. Que c’est peut-être moi qui suis enfermé pour toujours avec cette image de ma Vie monstrueuse et sans but. Qui tourne. Et tourne. 

      Que:

-”Tout ceci est une question de Sexe, finalement.”