29.3.08

Eau De Toilette/#2

J’ai vécu le plus pauvrement possible, mendiant un peu d’amour ici et là, un peu de tendresse, là et ici. On m’a renvoyé chez nous, en me disant que j’étais ingrat d’importuné ainsi. Je me suis donc tut, par politesse. J’ai fait le muet, et non le sourd ou l’aveugle alors j’ai vu, et j’ai entendu: d’autres que moi sont venu, d’autres ont demandé amour, d’autres ont demander tendresse, et ils ont reçu! Ils ont reçu. À chacun, il leur a été remis peau, caresses et lèvres, à tous , on a remis les “je t’aime” et “je suis fou de toi” et à moi, moi qui me languissait dans la boue, et mes larmes, on ne m’a rien gardé. Ils sont tous parti, tous avec un bras, et une une jambe en plus. Ils sont tous partis, un coeur entre les mains. Du coin de l’oeil, je les ai vu. Horrible! Ils l’ont avalé tout cru.

J’ai vécu, oui, le plus pauvrement possible. Essayant d’apprendre dans la miséreuse solitude, essayant de me complaire dans cette vie qui n’en est pas. Personne n’a remarqué, dans mes gémissements en forme de sourire, combien j’étais si seul, si seul. À quel point, d’amis je n’en connu aucun. À quel point, de “je t’aime”, je n’eus librement. Et quand je me ferais vieillard, quand mes cernes seront rides, nulle âme amie pour éteindre mes yeux et dans un cris silencieux pleurer l'enfant furieux que je fus. Aucune plainte dans le ciel en mon nom! Aucune larme de versé sur la pierre froide qui me recouvrira! Cette même âme qui tombe et qui se relève en tenant la main d’un fils ou d’un petit-fils qui porterait mon nom, et cette même âme qui l’embrasse, croyant voir un fantôme. Cette même âme qui aura passé sa vie à adorer la mer de mes yeux. Personne ne sera cette pauvre âme! Non personne! Car personne n’aime les borgnes, personne n’aime les mendiants. Ni même cette âme amie.

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