28.12.07

sans titre/ foie gras

À table, neuf heures moins cinq :

-J’ai peur.

-De quoi?

-De ne pas exister. Qu’on m’oublie.

(LONG SILENCE)

-Tu sais, tu devrais penser plus souvent à toi. J’ai l’impression que c’est TOI le problème. Je crois que TU t’oublie dans tout ça.

(TRÈS LONG SILENCE, elle reprend

-Les autres, on s’en fout.

( ET PAFF!, DANS LE MILE. Je pleure. Je pleure! Comme un bébé!)

Dans le salon, neuf heures et demie :

Je sais que je vais te faire du mal. Je le sais que trop bien même. Tu sais, le mot aimer fait toujours mal. Et dans chaque je t’aime il y a (aussi)(bien trop souvent) un je te déteste. Il y a quelques jours, je t’ai parlé de Beigbeder, je te lisais ou il écrivait: « tu as noté sur la nappe en papier : « les ruptures sont les Munichs de l’amour » et aussi : « Ce que les gens appellent tendresse, moi j’appelle ça : peur de se quitter » et encore : « Les femmes, c’est toujours comme ça : ou bien on s’en fout, ou bien on en a peur. » Quand tu ne t’en fous pas ça veut dire que tu es terrifié. » Il y avait aussi ce qui suivait plus bas : « Quand une fille apprend à son mec qu’elle attend un enfant, la question que se pose IMMÉDIATEMENT le mec n’est pas : « Est-ce que je veux cet enfant? » mais « Est-ce que je reste avec cette fille? ».»

J’ai refermé le bouquin avant de partir aux toilettes. Je sais, tu ne m’as pas vu, mais si tu savais comment je me sens en ce moment. Sentir ton odeur partout autour de moi me rend fou. Je voudrais gratter le peu de peau qu’il me reste et la frotter contre ces murs, ces serviettes, ce miroir, afin de garder un peu de ton odeur sur moi. Quelques minutes avant de revenir m’étendre aux près de toi, j’ai écris avec mes larmes qui n’en finissent plus de couler : « L’amour c’est apprendre à faire mal avant l’autre. L’on aime ce que l’on peut briser, rompre, détruire à sa convenance. L’on se sent aimer que si l’on est prêt à être brisé, à être rompu, à être détruit par l’autre. » et aussi quelque chose du genre « Aimer n’est pas le propre de l’homme. L’originalité, c’est haïr. » .

Toujours au salon, dix heure et quart :

Je me suis trompé tout à l’heure. L’amour n’est pas d’apprendre à faire mal avant l’autre. C’est partir à point. Éviter l’évidence : détourner les yeux du flagrant : oublier le manifeste ; la vérité. La vérité? C’est qu’on n’a jamais été fait pour partager quoi que ce soit. Sinon, on ne dirait pas je t’aime mais nous nous aimons.

Dix heures et seize :

On rit, on rit. On croit, on croit. On boit, on boit.

Ironique, on ne sait pas pourquoi on rit, pourquoi on croit ni pourquoi on boit (HA, SI : pour se dire qu’on sait le pourquoi alors qu’en fait, on ne sait que le comment).

Onze heure moins cinq :

Il fait froid dehors. C’est triste, le ciel. Il s’est fracassé. Et pour en témoigner, ces milles petits points blancs qui viennent pleurer à ta fenêtre. Il fait froid dehors. Les canards doivent être dans le sud. Les ours dans leur tanière. Les hommes, marchent, toujours, marchent, encore, marchent à travers cette multitude de monstres mécaniques qui avalent le blanc. Les mouches sont mortes. Les feuilles les recouvrent. Les arbres dorment. Les hommes, s’épuisent, toujours, s’épuisent, encore, s’épuisent dans cette fumée noirâtre qui les entoure et les empêche de voir, que de tous, ils sont les seuls qui sont encore debout, la bouche béante, dans ce froid glacial.

Moi, à l’intérieur. J’ai chaud de toi. Dors, les hommes dehors finiront bien par retrouver leur route. Il fait tellement froid dehors.