30.12.07
kchi, kchi, kchi
J’ai beau détourner mon regard ailleurs, j’entend ces kchi, kchi, kchi qui ne cessent de me tourner à l’entour. Je parle. J’essaie d’oublier leur voix qui crisse dans mes tympans.-Kchi, kchi, kchi- C’en est bientôt assourdissant. Je me lève du lit. Je compte le nombres de plis que j’ai fait et je me recouche. Trente deux. Trente deux? Tu es sûr? Je me relève et recompte. -Kchi, kchi, kchi- Rien à faire, je n’arriverais à rien dans cet état. Je vais à la toilette et examine mon profil. Je compte mes rides. Ha, tiens, j’en ai de nouvelles? Non, c’est des lèvres. J’ai la chienne! De mon visage, il ne restera rien bientôt. J’ai encore des dents. De longues dents blanches, avec un trou en plein milieu. On dirait un rongeur. Je ronge. Je me ronge! Mon dieu que je suis d’une laideur! Attends, même la lumière fermée je n’arrive plus à me supporter devant une glace. -Kchi, kchi- Là, mes yeux sont injectés de sang. La nuit a été longue, rien n’est plus terrible qu’une soirée à boire. Je n’ai plus rien d’un homme. Je ne crois plus en rien. Je suis l’antithèse de l’homme qui croit, je suis l’homme qui boit. Pour croire en quelque chose, il faut avoir une raison et moi, qu’ai-je donc sous mes loques qui ne soit ni pourri, ni mort? -Kchi, kchi, kchi- Qu’est-ce qu’il t’ont dit déjà? ”nous ne retenons pas vos textes pour publication car une majorité de laRédaction s’est prononcée en ce sens” Et c’est tout? C’est tout. Rien que deux lignes. Si ce n’était que ça. Je crois avoir marché longtemps dehors avant de tomber sur cet arbre mort. Il y avait ses racines qui lui sortaient du coeur, il avait comme poussé à l’envers. Je crois que je suis un peu comme cet arbre. J’ai mes boyaux qui me sortent par les yeux en ce moment. Rien que de penser à combien j’aimerais savoir pleurer, j’en ai des frissons. Rien n’est plus triste qu’un homme qui ne sait pas pleurer. Je retourne dans mon lit, compte les plis. Trente trois. Il y en a trente trois. Je me couche et pense à ce que je vais faire en me levant, le lendemain. Je pourrais commencer par déchirer ces papiers qui traînent dans ton lit, et ensuite effacer ce Cahier, et puis aussi dormir jusqu’à ce que ces rires affreux finissent. Finiront-ils un jour d’ailleurs? J’ai l’impression que non, partout où j’irais, je les entendrais dire: -Quoi? Il y a crut vraiment ? Lui? Écrire… KCHI-KCHI-KCHI. Ils riront tous en groupe, en rageant soigneusement mes papiers dans cette déchiqueteuse. KCHI-KCHI-KCHI. Ordre du jour: Mourir en sachant que la meilleur façon de le faire, c’est de croire le contraire. Je note quelques chose dans le bas de ma fenêtre: “Je n’écrirais plus. Plus jamais. J’en ai assez de toute cette merde avec laquelle je me coiffe. Je suis un chien, je jappe, je bave mais je ne sais pas ce que ça veut dire que qu’avoir une vie de chien. ”
dans/in
Pschhhh...