19.5.13

Le parasite

C'est une perte de temps que vivre comme je le fais: j'ai renoncé depuis peu à croire qu'un jour une femme me sauvera, j'ai renoncé aussi à espérer que j'ai réellement quelque chose à accomplir ici, et je renonce graduellement au fait que j'ai encore une place dans ma propre famille. Je crois que pendant mon enfance et mon adolescence, je m'étais fait à l'idée d'être le « père-frère ». Si je travaillais dur, si je ne me plaignais pas, c'est que je me disais que j'étais essentiel à cette famille. Au fond, ne croyons-nous pas tous la même chose? Malheureusement pour moi, ce n'est pas le cas. Je me rend compte que pendant longtemps j'ai vécu avec des illusions sur ce que j'apportais aux miens. En réalité, je n'ai rien fait pour ma mère ni pour ma soeur. Je n'étais pas le père-frère que je croyais être. Je n'étais qu'un enfant, abandonné, confus et rêveur. J'avais de si grands rêves, mais aujourd'hui, que me reste-t-il de ce garçon? Rien, si ce n'est son corps chétif et son égoïsme.

Ma mère a été celle qui faisait tout. J'admire cette femme qui aujourd'hui a encore la force de vivre. Je sais que je n'aurai jamais réussi à faire ce qu'elle a réussi à faire. Je n'ai  ni sa force ni sa persévérance. J'abandonne chacun des projets que je débute, je ne suis pas présent quand il le faut, je grinche lorsqu'il faudrait sourire et accepter d'accomplir ceci ou cela. Est-ce surprenant que je sois encore ici dans sa maison à parasiter sa vie? Non, car je suis un parasite. Je n'ai rien qui soit à moi. Même ces mots, ces mots, ces quelques mots avec lesquels je voulais construire ma vie, ils ne sont rien au bout du compte. Quelques gribouillis. Rien qui n'ai de sens, de valeur, de vérité. Je me cache...

Je me cache derrière eux sans vouloir accepter que j'ai échoué. Je suis un échec: père, frère, fils. Rien. Je ne suis rien de tout ça. Je suis seul, voilà ce que je suis. Je suis dans cette profonde solitude où rien en pourra me ramener, rien ne pourra me sauver. Alors voilà, je renonce à tout.. À tout ce qui avait un sens, une valeur, une vérité. Ma plus grande déception c'est que je n'ai pas arrivé à rendre fière la seule personne pour qui je voudrais  réussir: ma mère. Oui, il y a un peu de moi dans mon désir de réussite, mais en réussissant, je sais aussi que cette femme serait enfin soulagée d'avoir mise au monde un homme... Non pas ce parasite qui rampe dans les rues, qui perd ses cheveux, qui est déjà gras et mort. Ce parasite... Voilà tout ce que je suis maintenant.